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Le rapport à l’argent

par Tonton & Jiji
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J’ai été étonné que mon article sur « l’argent rend il heureux » soi si populaire. Il ne dépend pas de nous d’être heureux : les circonstances sont indépendantes de notre volonté. Ce qui dépend de nous en revanche, c’est de faire de notre espérance dans l’argent futur quelque chose de rationnel. Il ne s’agit ni d’attendre passivement que l’argent nous tombe dessus, ni de croire naïvement pouvoir le produire par le seul effort de la volonté : il faut faire en sorte que l’espérance qui est la nôtre ne soit pas absurde. Mais sans l’espérance, on ne rencontre jamais l’inespéré.

Ainsi l’argent, le plaisir, se vivent, mais ne se pensent pas.

Quand il n’y a pas de manque, nous vivons la vie dans l’expérience immédiate. Il y a dans l’activité de l’argent une joie qui lui est propre et qui est animé par le plaisir un peu pervers, au regard de l’expérience générale des hommes, d’en avoir pour en avoir.

Or l’argent, pour chacun, c’est juger et donc évaluer sa vie selon une démarche qui vise à se mette à distance de son expérience vécue. D’abord en se demandant ce que l’argent peut ou doit être pour être. Pour se préserver du risque de la désillusion et de la déception qu’engendre nombre d’aspirations ou de désirs qui ne trouvent dans la réalité peu de satisfaction durable. 

Si la plupart des gens avec de l’argent n’ont pas à réfléchir sur ce que fait leur argent et encore moins sur ce qui peut le rendre puissant.

En fait qui tente de penser à l’argent d’une manière rationnelle et critique trahit d’abord le fait qu’il n’est pas spontanément riche et qu’il a échoué à l’être. Mais se prendre la tête sur la question de l’argent dans un cadre rationnel c’est aussi oublier que l’argent à un rapport à nos désirs les plus irrationnels car toujours contradictoires. 

Le pouvoir de l’argent

Le pouvoir de l’argent donne à chacun le désir du repos et du mouvement, l’excitation et la sérénité selon les moments et souvent au même moment, le risque de la liberté et la sécurité, être soi, différent et être reconnu par les autres comme semblables à eux, voir supérieur, aimé et être aimé sans être dépendant de ceux qui nous aiment, commander et obéir.

Or si le désir de l’argent est la motivation essentielle de la vie, force est de constater qu’elle est toujours peu ou prou déçue. L’expérience première est celle des souffrances de la vie : la mort, la maladie, l’impuissance, la trahison, l’amour sans réciprocité, la nécessité biologique et sociale.

Les plaisirs apportés par l’argent

Les plaisirs sensibles apportés par l’argent eux-mêmes dont on pourrait croire qu’il suffirait de les multiplier à l’infini et sans cesse pour se reconnaître heureux sont décevants dès lors qu’ils s’évanouissent à l’instant même où on les éprouve. Ils sont par nature éphémères et ne laissent après eux que le regret de leur disparition qui laisse instantanément place à l’ennui du non-désir, de l’indifférence. Sauf, pour le désir, à se chercher frénétiquement de nouveaux objets ou buts.

Mais tout désir mêle toujours espoir et crainte ; l’espoir de sa réalisation et la crainte de son échec, dès lors que son succès ne dépend pas de nous mais toujours du monde et des autres. 

L’argent, source d’illusion

L’argent est toujours source d’illusion en fait croire comme réellement possible ce qui n’est que fantasme et produit de l’imagination. Tout désir nous fait désirer comme réel ce qui n’est pas réel et ne peut le devenir par notre seule action, sauf à croire en la toute-puissance ou à se prendre pour Dieu. Ainsi l’aspiration de l’argent total est proprement délirant et ne peut que déboucher sur un salut post-mortem, ou pur argent sans souffrance et tout désir est toujours mélangé de souffrance et de crainte de l’échec. Un tel espoir paradisiaque implique la croyance dans la Grâce divine de qui ne peut plus voir dans la vie que la source d’une souffrance irréductible, d’un irréparable malheur.  C’est contre ce sentiment mortifère qui fait l’argent une espérance qui ne peut se réaliser que sous condition d’obéissance, que par la soumission à un maître absolu et qui exige le renoncement au valeur moral et à l’insouciance, voire le sacrifice de soi qui dépende en grande partie de nous, de notre capacité à penser les conditions et les limites de l’argent, plus réaliste, plus rationnel moins contradictoire et qui donc ne soit pas illusoire ou délirant. 

La recherche du plaisir offerte par l’argent

Cet effort pour rendre l’aspiration à l’argent plus réaliste et moins irrationnelle ou religieuse peut être conclue en sortant cette aspiration qui n’en fait qu’un idéal irréalisable et confus de l’imagination.

C’est la prise de conscience, non pas directement de l’argent, mais de ce qui est nécessairement décevant dans les visions inauthentiques et spontanées de l’argent et des illusions qui les accompagnent. Cette prise de conscience critique des sources subjectives de la souffrance concerne en particulier la recherche du plaisir.

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